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Une naissance autrefois

 Autrefois, la naissance d’un enfant constituait un sujet tabou. On évitait d’en parler, en particulier en présence des enfants. Aux plus curieux, on donnait toutes sortes d’explications, parfois les plus saugrenues.

Agnès, aujourd’hui âgée de 90 ans, se souvient que sa grand-mère lui expliquait que sa mère était malade. Dans d’autres familles, on racontait que les bébés naissaient dans les choux. Certains y croyaient volontiers, tandis que les plus âgés se montraient plus dubitatifs.

 

 La naissance

 

 La mère du futur enfant poursuivait le travail à la ferme  jusqu’aux derniers jours de sa grossesse. À cette époque, il n’était pas encore question de congé de maternité.

Le moment venu, l’accouchement avait lieu à domicile. Pas question de se rendre à la maternité, les frais étant trop élevés. On ne faisait appel au médecin de famille qu’en cas de complication. Pour assister la future maman , on sollicitait une femme du voisinage, plus ou moins expérimentée en la matière, laquelle se faisait parfois aider par des proches.

Agnès se souvient de la naissance de sa sœur :

« Cette nuit-là, mon père m’a réveillée en sursaut et m’a demandé d’aller chercher ma grand-mère, car maman était très souffrante. Le lendemain matin, à mon réveil, on m’a annoncé la naissance d’une petite sœur. Très surprise, on m’a expliqué que maman avait couru, couru et avait trouvé un bébé, mais elle s’était cassée une jambe. Elle devait rester au lit plusieurs jours. Je n’ai pas posé plus de questions. »

Ce jour-là, les enfants étaient tenus à l’écart. Tous les prétextes étaient invoqués pour les éloigner. Le père, quant à lui, suivait les événements à distance, tout en demeurant à proximité. Aux premiers cris du nouveau-né, il accourait aussitôt.

Dès sa naissance, l’enfant était lavé, emmailloté et enveloppé de plusieurs épaisseurs de langes. Cette coutume, censée prévenir les malformations, s’est perpétuée jusque dans les années 1950.

 

 
 

Parrain et marraine

 

Le père se rendait ensuite sans tarder à la mairie afin de déclarer l’enfant. Il en profitait pour informer les parrain et marraine de l’heureux événement. Le jour même, le nouveau-né était conduit à l’église pour y recevoir le baptême. La mortalité infantile demeurant élevée à cette époque, il importait de préserver l’enfant d’une mort sans sacrement : selon la croyance, son âme aurait alors rejoint les limbes — un lieu exclu du paradis en raison du péché originel.

 

Le baptême

 

L’accoucheuse portant le bébé dans ses bras, le père, les parrain et marraine, et parfois quelques proches, se rendaient à pied  ou parfois en carriole à l’église, où le prêtre les attendait sous le porche. L’enfant, coiffé d’un bonnet blanc brodé appelé « crémet », était présenté aux fonts baptismaux.

Une fois le baptême célébré, les cloches, généralement actionnées par le parrain et la marraine, carillonnaient à toute volée. À la sortie de l’église, des dragées étaient lancées à même le sol. Les enfants, qui attendaient ce moment avec impatience, accouraient et se précipitaient, tels des volées de moineaux, pour en ramasser le plus grand nombre. Sur le chemin du retour, on faisait halte dans les bistrots du village afin de partager la joie de l’événement.

Au retour, un repas copieux, préparé par une cuisinière engagée pour l’occasion, attendait les convives.

 

Les relevailles

 

Quelque temps plus tard, la mère, accompagnée d’une proche parente, retournait à l’église pour la cérémonie des relevailles. Avant la messe, elle s’avançait jusqu’à la sainte table et s’agenouillait pour recevoir la bénédiction du prêtre. Ainsi purifiée, elle était de nouveau admise au sein de la communauté paroissiale.

 

Après la naissance

 

Dans les jours qui suivaient la naissance, tout en veillant aux soins du nourrisson, la mère reprenait ses occupations domestiques, s’affairant à la maison, auprès des bêtes et jusque dans les champs.

Pendant plus de six mois, il convenait de langer et d’emmailloter l’enfant à plusieurs reprises chaque jour ; cela relevait d’un véritable savoir-faire. À cette époque, les moyens dont on disposait étaient rudimentaires. En hiver, malgré le froid rigoureux, il fallait laver les langes au lavoir et les faire sécher près du feu.

Les journées étaient ainsi pleinement occupées