Sa chapelle, son chêne, ses commerçants, des souvenirs...
Tous les Carentoriens connaissent cette modeste chapelle nichée au pied de son chêne multi-centenaire dans le village de Saint-Jacques. Rénovée il y a quelques années, elle est aujourd’hui entretenue par une équipe de bénévoles « Les amis de Saint-Jacques » soucieuse de préserver ce patrimoine local et communal.
Mais, ce que beaucoup ignorent et que d’autres ont peut-être oublié, c’est que la chapelle Saint-Jacques animait autrefois tout le quartier en attirant les fidèles de la « frairie » à la messe dominicale.
Nous sommes au milieu dans les années 1960… « Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… »
En ce temps-là il y avait foule chaque dimanche matin, dans les rues de Saint-Jacques. Invariablement, à 6 heures du matin, la messe y était célébrée, été comme hiver ! L’heure solaire était la seule qui compte. Mon grand-père, Jean BOUCHET était le sacristain et bedeau, préposé au service de la chapelle et à son entretien. Je le vois encore partir très tôt le dimanche matin avec la grosse clef de la porte, pour préparer la chapelle et sonner l’unique cloche avec la corde, pour appeler les fidèles à l’office. La chapelle se remplissait vite, par tous les temps. On y venait à pied ou à bicyclette de tous les villages du secteur: de La Danais à La Moraie, en passant par l’Hôtel-Portier, La Minardaie, la Pételaie, le Palis Percé, de la Mouisserie jusqu’aux confins de la Gacilly en passant par Brangolo, la Granville, l’Hôtelaie, Galny, la Gélinaie, pour n’en citer que quelques-uns.
La chapelle, le plus souvent bien remplie donc, résonnait aux seuls chants et cantiques qu’entonnait une chorale composée exclusivement des femmes du quartier dont notre mère, avec nos tantes, nos cousines et autres voisines.
« Ô Saint-Jacques, gardez et protégez votre peuple fidèle […] bénissez ceux qui viennent vous prier dans cette humble chapelle « . Tel était le refrain du cantique dédié à Saint-Jacques…
Je me souviens y avoir «servi » la messe comme enfant de chœur et je vois encore le prêtre qui, après avoir officié, accompagnait en 2 cv, notre grand-père à la maison pour y prendre un café … et peut-être plus?…
A l’époque, 3 messes étaient célébrées à l’église paroissiale, ce qui permettait aux familles de se répartir les travaux dans les fermes, nombreuses en ce temps-là. A Saint-Jacques, cependant, il n’y avait pas messe les dimanches de grandes fêtes: Noël, Rameaux, Pâques, le 15 Août (l’Assomption) la Toussaint, la Fête-Dieu, et la Trinité, jour de la communion solennelle. 3 jours avant l’Ascension c’était la fête des Rogations (déjà citée dans « Les SILLONS ») qui se poursuivait après la messe par la procession dans le chemin creux souvent boueux vers la croix de Perrusson (déjà citée également). La dernière messe dominicale fût célébrée en 1974.
La croix de Perrusson
Il est important de préciser, qu’à cette époque-là, on accédait à la chapelle en passant devant les maisons du village: la maison Mouraud, le menuisier-charpentier, puis la maison et l’atelier d’Ernest Durand, le forgeron dont j’ai encore à l’oreille le son du marteau sur l’enclume. En approchant de la chapelle, il fallait traverser la cour de la ferme de Jean Bizeul et passer sous le gros chêne. Puis en 1975, le remembrement est passé par là en modifiant tout le paysage et une route fût créée à l’arrière des maisons pour desservir la chapelle et quelques champs.
A l’issue de la messe, tout le quartier continuait de s’animer. C’était l’occasion d’échanger sur l’avancée des travaux dans les fermes et bien sûr parler de la pluie et du beau temps. Pour certains(es) c’était aussi le moment de régler des comptes que les occupations de la semaine n’avaient pas permis de faire.
La coutume était bien établie dans la culture du secteur avec tout ce qui s’organisait en parallèle et autour de l’office religieux. Une sorte de « réseau social » s’organisait et pour rien au monde, personne ne ratait ce rendez-vous dominical. Les habitants des villages les plus éloignés qu’on ne rencontrait pas ou peu dans la semaine se retrouvaient là. A cette époque, bien sûr, pas de téléphone (ou plutôt si…UN seul « chez OLLIVIER » …un téléphone public), pas de télévision, seulement un ou deux postes TSF et encore ?… Les nouvelles, bonnes ou mauvaises, se transmettaient dans ces instants-là et chacun y allait de son commentaire. Nous prenions le temps de « caouseu et on traïneu cot’ ïen ou l’aout« . Quelques informations locales pouvaient arriver par le biais des enfants scolarisés au bourg ou par le facteur mais le moment de rencontres et d’échanges le plus attendu, restait le dimanche après la messe avec, en plus, la venue de commerçants avec leurs fourgons remplis de victuailles.
Un petit marché en quelque sorte s’installait pour une heure ou deux à Saint-Jacques auprès de la chapelle et de « l’Alimentation-Epicerie » de la maison OLLIVIER (cf « La petite boutique de Saint Jacques » dans -les Sillons-). A ce commerce de proximité bien réputé, venait se joindre le boucher François LEBLANC venant du bourg. Il posait son fourgon sur le bord de la route qui mène à Les Fougerêts. Un autre boucher-charcutier, Jean DANILO, arrivait, quant à lui, de La Gacilly,. Il se plaçait près de la maison Mouraud (Besnard aujourd’hui). Je n’oublie pas le boulanger Théophile PAJOT, une figure carentorienne (chef de fanfare de La Fondelienne) qui s’installait lui aussi sur le parcours du retour de la chapelle. Et voilà, après avoir « fait ses grâces » à la chapelle, il ne restait plus qu’à faire ses courses avant de rentrer à la maison et on était tranquille pour une bonne partie de la semaine.
Avec les autres enfants, seul le camion du boulanger nous tentait en espérant qu’un adulte « charitable » ou le boulanger lui-même, nous propose une belle brioche ou plus modestement un bonbon acidulé mais – pas question de traîner – après la messe. Il fallait aider à la ferme.
Le village de Saint Jacques, en pleine effervescence le dimanche matin était le coin le plus animé de Carentoir après le bourg et le Temple. Il ne manquait en somme que le bistrot pour prendre un café ou un petit blanc. Le « Palis-Percé » n’était pas si loin mais le déplacement à pied, à travers champs ou à bicyclette dispersait rapidement les uns et les autres sans autre forme de prolongation.
En ce temps-là, les distances, la durée, la vitesse et la précipitation n’étaient que des mots pas ou peu « à la mode », réservés aux gens de la ville et tout le monde s’en trouvait bien…
…Et aujourd’hui le village s’anime encore pour le pardon, chaque dimanche de juillet le plus proche de la fête de Saint-Jacques (25 juillet) sans les marchands ambulants mais avec un repas servi par les bénévoles des « Amis de Saint-Jacques » qui entretiennent jalousement leur chapelle et son environnement….
Et voilà un sillon de plus dans nos mémoires.
A.B
PHOTOS ET DOCUMENTS SOUVENIRS
La chapelle nichée près de son chêne multi-centenaire
Le chœur et l'autel restauré en 2018 par une artiste locale qui a retrouvé les peintures d'origine cachées
fragments de l'ancien vitrail situé derrière l'autel, endommagé durant le bombardement de galny et des villages environnants le 13 juin 1944 (encadré par Jean-paul danion, bénévole de l'association "les amis de st Jacques)
distinction pour notre grand-père jean bouchet pour ses bons et loyaux services à la chapelle